Ce risque qui m’a gardé en vie.

Proposition quotidienne de rédaction
Décrivez un risque que vous avez pris et que vous ne regrettez pas.

Pour la plupart, ce que je vais dire relèvera du blasphème.
Pour d’autres, qui comme moi ont traversé certaines tempêtes, cela relèvera presque de l’anecdotique.

La décision la plus risquée de ma vie a, curieusement, été ma plus grande bouée de sauvetage.

Je me souviens encore de la première taffe que j’ai tirée, loin de me douter des événements qui allaient suivre. Je profitais de cet effet nouveau. Le monde avait changé de dimension. Mes yeux, eux, s’étaient brisés à jamais. Plus rien n’était pareil. Et je ne pouvais m’empêcher de rechercher cet effet, cette altération qui transformait ma perception de ce qui m’entourait.

Quand j’étais en cours, je ne pensais qu’à en sortir. Mais cette fois, ce n’était pas par ennui ou par habitude, c’était pour une raison précise : supporter l’insupportable.

Cette substance que je roulais entre mon index et mon pouce me permettait de tenir face à un quotidien en ruines.

À l’adolescence, on ne contrôle pas grand-chose. Et la drogue, à mes yeux, offrait une échappatoire. Elle permettait de sortir d’un monde figé, d’en observer un autre, filtré, déformé, parfois plus supportable.

Ce qui avait commencé par une simple taffe s’est transformé en une succession de substances. Une spirale. Une fuite devenue nécessité.

Aujourd’hui, Dieu merci, j’en suis sorti.
L’adolescence n’est plus qu’un souvenir, une décennie que je regarde avec distance. Et avec ce recul, je sais une chose : sans ce détour sinueux, psychédélique et nonchalant, je ne serais peut-être plus là.

Je n’avais aucune issue. Aucun moyen de changer de perspective dans un environnement brisé, marqué par des silences lourds, des violences latentes, des vérités étouffées. Un monde où les victimes deviennent parfois bourreaux.

Quand on est un jeune curieux, privé de réponses, enfermé sous une autorité écrasante où poser des questions est impossible, la frustration devient un gouffre.

Dieu merci, je ne me suis jamais ôté la vie.
Mais je doute sincèrement que, dans un monde sans ces échappatoires, j’aurais survécu assez longtemps pour écrire ces lignes.

Alors oui, c’était risqué.
Et j’en ai payé le prix.

Mais ce risque, à cette époque, m’a sauvé d’un destin bien plus sombre.

PS :
Je ne recommande cela à personne.
Les drogues détruisent le corps comme l’esprit.
Nul ne peut prétendre maîtriser sa vie s’il n’est pas maître de ses capacités.
Et au-delà de cela, leur usage reste illégal.

Ce chemin est dangereux.
Et il n’est pas une solution.

Omar.



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