Long time no see.

Cela fait longtemps que je ne suis pas venu.
Je me suis souvent demandé à quoi bon.

À quoi cela me servirait de bouger.

Mon habitation n’est pourtant pas si loin de ta cité.
Mais j’ai revisité mes vieux démons, et j’en suis venu à la conclusion de t’éviter.

Brièvement. Comme un lâche lucide.

Comme Ulysse, même loin, je ne pense qu’à toi.
Aucune reine, aucune nymphe, ne saurait m’en détourner.

Je ne connais que trop bien les îles qui promettent le repos et offrent l’oubli.

Mais je reste fidèle à moi-même.
Un vrai connard.

Du moins, c’est ce qu’on dit.

Voilà comment commence le texte d’un homme qui revient.

À qui s’adresse-t-il ?
Une femme ? Une passion ?

Aux dernières nouvelles, il avait pourtant vaincu ses tentations.

J’écris comme une apnée du sommeil.
C’est irrégulier, brutal, tristement nécessaire.

À défaut de déborder de créativité et de boucler ce projet que je traîne, je me contente du réel.

Ou de ce qu’il en reste.

Là où le vice est constant, le véritable vacille.

Il n’avance plus. Il patine. Il dérive.

Nouvelle année. Même constat.
Les masques tombent, sans pudeur.

Et ce qu’il y a dessous n’a rien d’humain.

Certains découvrent. D’autres tombent des nues.

Moi non.

Cela fait longtemps que j’ai compris de quoi l’homme est capable.

Et pourtant, il y a encore des choses qui me retournent l’estomac.
Même pour ceux qui ont déjà traversé trop de naufrages.

J’ai longtemps couru.
Après des choses.
Toujours destructrices. Rarement salvatrices.

Comme si chaque port n’était qu’un mirage de plus. Mais parmi tout cela, il en reste une.

L’écriture.

C’est elle qui m’a sauvé.
Là où j’étais condamné avant même de le comprendre.
Elle seule m’a empêché de sombrer éternellement dans les abysses.

Je lui dois ce que je suis devenu.
Et par simple loyauté, je lui rendrai le double.

L’écriture…

Celle qui traverse le temps.
Celle qui survit à l’homme, à ses mensonges, à ses chutes.
Comme les récits que la mer refuse d’engloutir.

On dit qu’elle accompagne un être doté de raison…
Quand on voit ce que l’homme produit, on peut en douter.

Alors oui.
Ce projet verra le jour.

Tant que je respire, il existera.

C’est à elle que je parlais depuis le début.

Comme toujours, je reviens maladroit.

Entre deux options :
faire comme si rien ne s’était passé,
ou tenter, comme un bouffon, de recréer un lien.

Comme un homme qui revient au port sans savoir s’il y sera accueilli.

Je préfère être un bouffon honnête
qu’un homme respectable dans un monde qui ne l’est pas.

Que le monde s’agite, que les vérités sortent ou non, peu importe.
Certains tomberont. D’autres détourneront le regard.

Moi, je continue.
Même à contre-courant.

Je mène ma barque.
Et je suis aussi libre qu’Ulysse quittant Calypso.

À la différence près que, musulman, je ne crains ni les faux dieux, ni les démons.

Seulement de rester immobile.

À bientôt.

Omar.



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