Jacques Brel est simplement incroyable.
D’abord fasciné par cet artiste d’une autre époque découvert à l’âge ingrat. Le tumulte des charts du rap français me garda loin de mes goûts de musique française classique.
Surtout parce qu’en voiture, quand on est jeune, on écoute rarement du Jacques Brel. Mais moi, cela m’arrivait bien souvent et cela dut à une playlist que je trimballe et compile depuis mes 15 à 25 ans.
Enfin bref, je connais presque toute sa discographie. Si jamais j’eus rêvé un jour d’être parolier, ce fut sûrement cet homme qui inspira en moi cette envie. Cependant, cela fait longtemps que la tyrannie mondiale et familiale m’a convaincu de ne plus rêver, ou alors, de le faire dans le plus grand des secrets.
Un dégoût cru d’une époque laide, des paroles sorties des tripes d’un esprit philosophe, un artiste intemporel qui aujourd’hui résonne encore partout dans le monde francophone et sûrement au-delà.
Me revoilà ce soir à l’écouter en cogitant sur ce qu’est la vie, une question éternelle qui aujourd’hui, à défaut de me fatiguer, me frustre profondément.
Effectivement, je suis l’élu du destin, je sais ce qu’est la vie ; ce qui me gêne, c’est de ne pas pouvoir la vivre tel que je le souhaite.
J’ai rêvé d’autarcie salvatrice, aujourd’hui elle se profile enfin, mais cela ne ressemble en rien à ce que j’imaginais. Je ne suis pourtant pas du genre à romantiser les choses, mais l’autarcie, je l’imaginais plus à la Narnia qu’à la Corée du Nord. Au lieu de voir un horizon lumineux et onirique, voilà un temps brumeux et gris.
De longues routes vides avec deux ou trois voitures qui passent en tout un après-midi ; ce qui est marrant, c’est qu’on pourrait croire que je force le trait pour les besoins du texte. Il n’en est rien.
Mais je sais que l’élu du destin que je suis (vous l’êtes tous dès que vous le réalisez et approfondissez votre relation à l’existant et à l’éternel) est capable de transformer ce temps brumeux et gris en une sorte de Narnia ancré dans la réalité de ce monde hideux. Oui, hideux.
Voyez-vous, je ne rentrerai ni dans le complot ni dans la réalité des foules consuméristes ni dans quelque courant que ce soit.
Il faut savoir que ce monde est ce qu’il est : un dépotoir d’abrutis, de suiveurs nés et d’avides gloutons.
Il y a une toute petite minorité de gens saints, réellement saints, mais ceux-là, je vous l’assure – vous n’en connaissez sans doute pas – vivent en autarcie car c’est le seul moyen de créer et de garder sa propre paix.
Au-delà des bonnes manières et des « codes » modernes de ce qu’est un individu dit normal, il existe un masque.
Ce masque, volatile et frivole, nous rappellerait presque le film de Jim Carrey du même nom, sans bien sûr les pouvoirs loufoques. Quoique… chez quelques initiés, il est sûrement tout aussi réel que celui du film de 1994.
Que Dieu nous garde de la magie kabbalistique ancienne, bien plus impressionnante que ce que les foules croient, ou comme ils le diraient eux-mêmes « croivent ».
Enfin, pour cela, faut-il encore penser par soi-même, et je ne suis pas certain que ces gens pensent à autre chose que leur petite personne insignifiante et fade, ces tracas et surtout ces envies voraces.
Il me semble que Jacques Brel, à travers son art, une fois de plus, a décrit ce dégoût, je le répète, réel et sorti d’un esprit philosophe qui ne vit qu’en cogitant sur le macro et le micro.
Quoi qu’il en soit, qui en a quelque chose à faire, aujourd’hui, d’être un saint à l’époque du satanisme décomplexé ? Et aux jeunes qui grandissent, dans quel monde évoluent-ils ? Enfin, comment réellement se blottir dans une paix ardemment construite dans un monde si impudent ?
Nous allons essayer d’y répondre ce soir chez les Scaphandriers, oups, mauvais format.
Plus sérieusement, cela fait des années que je n’ai pas vu d’être saint ; en réalité, je dis des années quand je devrais dire toute une vie.
Voyez-vous, ma première société ne m’a jamais considéré, d’où le fait que je fus un adolescent difficile et un jeune adulte aussi fougueux que fier, mais une chose ne changea jamais : un esprit qui swirl dans l’infini cogitation, ce qui mène indéniablement vers une propre philosophie de soi.
L’infini cogitation. Quesaquo ?
C’est avant tout inné. Comme l’éternel débat de qui entre CR7 et LM10 est meilleur, la différence est simple et explique l’admiration qu’ont les gens pour Messi. Messi possède un talent inné, ce qui était flagrant quand on le voyait sur le terrain, tandis que Cristiano a travaillé d’arrache-pied et le fait toujours à quarante ans, ce qui en fait un joueur d’exception.
De même, l’infini cogitation est inné ; elle ne s’acquiert pas contrairement au football qui s’apprend. L’infini cogitation est d’abord et avant toute chose le fait de savoir observer. Car sans l’œil aguerri, on ne voit ni masques ni mensonges, on ne voit que des visages souriants qui contaminent viralement de ce virus si répugnant : l’hypocrisie sociale.
Caractérisée par un sourire constant lors des discussions brèves ainsi que de petits gloussements impudiques, elle est aujourd’hui devenue bien plus répandue que le sida.
Une fois, il y a très longtemps, j’avais fait l’erreur de baisser ma garde et, à ma grande tristesse, je remarquais que j’avais chopé le virus, même ce foutu covid m’a couru après pendant deux ans. Subitement, dans le creux de mes joues inexistantes, je ressentais un étirement involontaire qui m’handicappa le visage. Cette palefrenière agréable à la vue m’avait contaminé ! Malheureusement pour le jeune moi, c’était loin d’être la dernière.
Ainsi, même si je fus né avec l’œil aguerri, je ne pouvais m’empêcher de les ouvrir à moitié pour pouvoir vivre et supporter dans l’idiotie ambiante, l’avidité agressive et l’hypocrisie décomplexée. Mais cela ne toucha en rien au noyau de tout mon être ; je ne faisais que cogiter et j’ouvrais les yeux quand il le fallait.
Gentil à la base, je vivais les yeux bridés — littéralement — pour pouvoir exister dans un milieu qui n’est pas mien et qui n’a jamais caché son mépris envers moi et ma différence. Mais dès qu’on me manquait de respect en me prenant pour un con, je les fouettais du regard jusqu’au plus profond de leur estime de soi.
Tel les NPCs dans les jeux vidéo, le seul outsider parmi eux qui n’obéit pas aux mêmes règles n’est autre que le personnage principal. Eh oui. J’ai déjà parlé du phénomène nouveau des « Z » qui parlent d’arc du personnage principal. Ah, l’esprit shōnen, que c’est beau ! Le Nippon rigide et puissant est mort en quarante-cinq pour créer cet art nouveau, merci le Japon ?
Enfin bref…
Contrairement aux autres, moi je rêvais d’une chose, curieusement, depuis le plus jeune âge : un jour devenir un sage, un saint, un ermite. Bien sûr, je fus longtemps un connard et en porte encore aujourd’hui quelques résidus durs à faire disparaître, alors que, croyez-moi, j’ai frotté à m’en blesser la peau.
Pourtant, je ne suis pas né il y a si longtemps que ça ; je suis né dans ce monde corrompu et poussé dans un environnement qui n’était simplement pas mien. L’époque, le milieu, le laxisme parental, l’école, les liens ; tout était corrompu, comme mû d’un état secret, oh si secret que ça m’en donne des frissons.
À défaut d’être Truman, je suis true, man.
Puis je dois avouer qu’aussi bien mes amis que mes exs, je n’ai rencontré personne qui un jour exprima cette envie ou qui ait un minimum agi en conséquence de vouloir dire sans mots : je désire être un saint, un vaillant, un sage. Moi, ma foi est témoin et puis surtout Dieu me voit comme il nous voit tous.
J’ai toujours voulu faire de mon mieux, mais trop étouffé par le néant d’une logique qui n’en est pas une, on me boycotta jusqu’à ce que je me boycotte tout seul.
Réellement, personne n’est altruiste, et vous voulez savoir pourquoi ? Parce que ceux qui le sont le sont dans une douce et choyée autarcie, ils n’en ont que faire de la reconnaissance des autres. Ce sont eux les vrais sages, qui se bonifient et deviennent encore meilleurs avec le temps qui passe, comme le vin.
Aujourd’hui, que des petits n’aspirent pas à devenir des saints ni des vaillants, est normal. Que leur vend ce monde comme rêve ? Rien qui ne soit en paix avec ce qu’ils sont censés être : des êtres humains, dotés de raison ayant dominé les espèces, le monde et les siècles par le bon vouloir de Dieu.
Des êtres capables du meilleur et enclin à tomber toujours et encore dans le pire, certes, mais tout à fait capables de réaliser l’irréalisable.
Le bon, le mauvais, vous pensez qu’aujourd’hui les enfants le savent ? Ils ne le savent pas. Quand des parents sans éducation et sans humanité enfantent, ils n’enfantent ni des révolutionnaires ni des esprits brillants.
Jetés dans le paraître — aussi bien modeste voire invisible qu’exubérant — et dans le consumérisme sans questionnements, leur comparaison à un troupeau de moutons n’a jamais été aussi véridique.
Souvent, au Maroc, j’ai vu des moutons manger des ordures en plastique, inconscients du danger. À leur défense, ce sont des animaux et ont été dominés par l’homme depuis le début des temps, de ce fait, on ne peut pas les accuser de quoique ce soit.
Je vous laisse avec ce petit passage : « La concentration de microplastiques dans les cerveaux humains a augmenté de 50 % entre 2016 et 2024, selon une étude récente. »
De quoi se poser la question : aujourd’hui, des patrons de multinationales véreux, des crapules humaines, nous polluent tous et font travailler dans des conditions inhumaines les peuples les plus défavorisés de ce monde, qui sont eux-mêmes vendus par leur propre gouvernement à ces entreprises, à l’autre bout de la morale et de l’éthique.
Et tout le monde se tait dans une béatitude déconcertante.
Un génocide en 4K dans vos smartphones pendant près de deux ans, les pires atrocités qu’on ait jamais vues ou entendues ont eu lieu et ont été démontrées, preuve à l’appui. Aujourd’hui encore, le Soudan subit une injustice sans nom pour des intérêts étrangers… encore et toujours le même exemple à donner au plus jeunes : la domination.
Dans une jungle urbaine et contemporaine ultra-connectée, une seule chose compte : dominer tout ce qui est inférieur. Inférieur pourquoi et selon qui ? Une élite qui ne différencie en rien un groupement de démons fragiles et frêles ; un saint ou un vaillant en face et tout le monde se chie dessus. Que voulez-vous, c’est inné !
Alors moi, je comprends parfaitement ceux qui disent ne pas vouloir d’enfants et qui le justifient en parlant de l’état actuel du monde. Un inversement de toutes les valeurs et de tous les codes humains avant de préparer une guerre express et totalement mortelle, et eux sont censés être si obnubilés par eux-mêmes que tout ce qui compte, c’est leur envie.
Comme toujours. Si leur envie est d’enfanter, alors ils le feront car ils sont tout aussi inconscients que les moutons du danger qui les guette et qui s’approche en un false flag spaceship.
Ah… si seulement ces abrutis voyaient plus loin que ce qu’on leur dicte et ce que leurs envies leur commandent de faire ou de réaliser. Souvent le pire, un pire mûrement réfléchi.
Une énergie gâchée qui condamne à la corruption de l’âme et fait d’une vie un sacré gâchis.
Car l’humain est immortel ; seul son corps meurt, tandis que son esprit ne meurt en réalité jamais.
Un texte qui me donne des frissons ?
Peut-être qu’il fait simplement froid maintenant que l’été est parti.
L’autarcie est salvatrice, c’est vrai. Mais seulement si on est prêt. Alors peut-être que le doute m’empêche de m’y préparer, ou pire, peut-être que je n’y suis pas encore prêt.
Ainsi, je m’inspire de ces inexistants qui existent mais reclus. Comment y arriver ?
Je sais que nous ne sommes pas tous pareils et que chacun doit passer par son propre chemin avant d’atteindre le fleuve où tous se réunissent; la mort.
Les résidus de tous ces moments où j’ouvrais mes yeux faussement endormis ont fait de moi un connard, certes, mais je n’ai jamais abandonné l’envie d’être un saint.
Un sage, vaillant ; je l’ai toujours été et j’espère l’être jusqu’à la fin.
Une fin qui drôlement m’a l’air d’être plus proche que ce que je crois. Drôle d’impression, quoique facilement explicable : pour y arriver, je dois tuer l’ancien moi, avec tout ce qu’il porte en lui de négatif.
Ces dernières années n’ont pas été les plus faciles, mais grâce à l’Unique, je tiens bon ; peu importe ce qui s’abat sur moi, je n’ai jamais pitié de moi-même mais j’ai toujours pitié pour les autres.
Paradoxe ou réalité ? Qu’est-ce que vous en avez à faire, hein ?
Je sais que vous vous en foutez, bandes de démons humains.
L’impudeur, la liberté exacerbée, l’hypocrisie virale transmise dès le plus jeune âge, le manque de liberté de plus en plus autoritaire des systèmes et gouvernements, le manque de foi, le manque de contrôle de soi, la luxure, l’envie, l’oisiveté, la gourmandise… je pourrais y aller longtemps mais je préfère n’ennuyer personne.
Même des démons déguisés en chair humaine.
Eh oui, n’est altruiste que celui qui l’est de manière innée.
En attendant le trépas, je fais de plus en plus attention à mes pas, mon attention ne mérite pas d’être éparpillée.
Surtout qu’on s’en ira tous, et on m’a toujours empêché de briller. Par peur de ce qu’eux voyaient et que moi je ne voyais pas.
Après tout, sage est celui qui connaît sa valeur, se tue pour l’avoir, et qui se l’approprie à la fin. Tout demande du temps, même si tout s’use du cœur aux plaquettes de freins.
D’ici là, je vous dis à bientôt, là où mes textes sentent le fer, et où des pensées prennent vie après avoir été longtemps enfermées dans le noir.
Le tiroir ouvert, je pense qu’il était bien temps de le fermer ; à défaut de ne savoir vous haïr, laissez-moi encore, de loin, vous aimer.
Jacques Brel aussi s’est éteint en autarcie, dans une paix j’imagine durement méritée…
Autarcie, attends-moi, je me prépare.
Omar.

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