Récemment, j’ai eu un accident de voiture. Heureusement, je suis indemne, tout comme le jeune homme qui a percuté mon véhicule de plein fouet.
Un jeune homme, au demeurant, fort sympathique.
Pendant que nous attendions l’arrivée du constateur, nous avons discuté de différents sujets : l’actualité mondiale, la situation inquiétante des peuples, et quelques anecdotes.
Mon lieu de vie étant éloigné de la civilisation, il a fallu un certain temps avant que le constateur arrive. En attendant, le jeune homme m’a raconté une histoire presque aussi triste que l’état actuel du monde.
Il m’a confié comment une de ses connaissances, un membre de son groupe de motards du nord du Maroc, avait perdu la vie dans des circonstances particulièrement insoutenables.
Paix à son âme, que Dieu lui pardonne ses péchés et que sa tombe lui soit facile.
Je suis moi-même un nouveau motard et j’y vais prudemment, ayant laissé derrière moi mes années de témérité. Un ami cher, lui aussi, a perdu la vie en moto. Paix à son âme également.
Ces tragédies m’incitent naturellement à redoubler de prudence, malgré le sentiment enivrant de la vitesse.
L’ami de ce jeune homme avait pris de l’avance sur son groupe après une pause café. Il roulait avec sa femme, avec qui il était marié depuis une dizaine d’années.
Sur une route montagnarde sinueuse, idéale pour les motards, il circulait à environ 90 km/h. Cette route, étroite et dangereuse, croisait le chemin d’un autre groupe de motards, deux motos immatriculées en France.
En doublant à grande vitesse, l’un d’eux heurta notre défunt héros, le projetant violemment contre le rail de sécurité.
La collision l’arracha de sa moto et le précipita dans le ravin. Sa femme, protégée par le rail, survécut. Perchée sur le bord de la route, incapable de voir son mari, elle appela à l’aide.
Elle utilisa également son téléphone pour prévenir les membres du groupe via WhatsApp et leur demander s’ils connaissaient ces mystérieux motards français.
Les secours mirent du temps à arriver, et les amis du défunt organisèrent eux-mêmes des recherches, tandis que certains tentaient de poursuivre les fuyards.
Les autorités, comme souvent, refusèrent de descendre immédiatement dans le ravin.
Elles assurèrent à la femme qu’il était déjà mort, arguant qu’une telle chute était fatale. Malheureusement, elles avaient raison.
Après de longues heures et une intervention marquée par la paresse et la mauvaise foi, elles remontèrent le corps.
Il avait succombé seul, la nuque brisée, lors d’une matinée qui semblait pourtant si ordinaire. Tout cela à cause de deux inconscients qui avaient continué leur route sans remords.
Ces irresponsables, probablement repartis en Europe par bateau, échappèrent à toute justice.
Cette histoire m’a profondément marqué. Elle m’a rappelé à quel point la mort est toujours plus proche qu’on ne le pense.
Je me suis imaginé la journée de cet homme : une balade avec sa femme et ses amis, dans l’insouciance de partager une passion commune, brisée en un instant.
La vie lui fut arrachée brutalement, laissant une famille dévastée.
Quand le constateur est enfin arrivé, après environ cinquante minutes, le jeune homme a assumé ses responsabilités.
Le constat fut rédigé, et nous avons continué à discuter, cette fois de football et de l’impact catastrophique de Kylian Mbappé sur une équipe autrefois parfaite.
Quelques jours plus tard, alors que j’enfourchais ma 900R, cette histoire me revint en mémoire. Je me suis arrêté pour allumer une cigarette et réfléchir.
La vie est si fragile et imprévisible.
Elle nous pousse à croire que nous avons le contrôle, que le pire est évitable dans ce monde si avancé. Pourtant, ce n’est qu’une illusion.
La mort frappe souvent de manière subite, dans la banalité d’un jour ordinaire.
Lorsque ma cigarette fut terminée, je montai sur ma moto en murmurant une prière. La vie, avec son immensité et ses mystères, nous force à rester humbles, souvent trop tôt.
C’est ainsi qu’elle nous rappelle notre place insignifiante dans l’univers, mais aussi le défi permanent d’exister dans un monde imprévisible.
Barakate Omar

Laisser un commentaire