Grandir dans les années 2000, c’était quelque chose. Surtout pour nous, nés à la fin des années 90.
Nous étions les témoins du monde d’avant, qui s’éteignait lentement, et de l’émergence d’un nouveau monde, déjà effrayant aux yeux des boomers.
Je me souviens de la PS1 de mon frère, avec son jeu Lara Croft: Tomb Raider, hideux et tout en pixels. Lara Croft, avec ses gros seins triangulaires, n’avait rien à voir avec la version plus réaliste sur PS4 que j’ai jouée des années plus tard.
Le progrès technologique a été fulgurant en 24 ans. Du cellulaire au smartphone, des ordinateurs fixes aux portables aussi fins qu’un téléphone, des énormes télés aux écrans plats.
Les voitures sont passées de moteurs surchauffant à celles avec ABS, aide au stationnement, affichage tête haute et écrans connectés.
Pourtant, ma génération se souvient des premiers jeux 3D aux graphismes ultra-pixélisés et des longues pauses sur la route, où il fallait attendre que la voiture refroidisse en observant la nature.
On se souvient des téléphones cellulaires de nos parents, si modernes à l’époque, aujourd’hui des reliques d’un passé qui paraît presque préhistorique aux plus jeunes.
Nous étions une génération charnière, et parmi tous ces souvenirs, un en particulier a marqué mon enfance : la chaîne culte « Manga ».
À l’époque, elle diffusait des classiques comme Cobra, Ranma ½, Les Chevaliers du Zodiaque, Nicky Larson, Ken le Survivant, et surtout Dragon Ball.
Évidemment, ces animes n’étaient pas forcément kid-friendly comme le voudrait cette société « bio au soja », mais ils sont aujourd’hui considérés comme des pionniers du genre, en particulier Dragon Ball Z.
Même après la mort d’Akira Toriyama (RIP), Dragon Ball continue d’exister avec de nouvelles histoires, malgré l’échec de Dragon Ball Super: Super Hero.
Fun fact : à l’origine, Toriyama voulait faire de Gohan le héros principal de Dragon Ball Z. Mais Goku était si bien écrit et aimé par les fans que l’auteur a été convaincu de le garder.
Je me souviens particulièrement de l’arc des cyborgs, où Trunks, un mystérieux personnage venu du futur, arrive sur Terre à la recherche de Goku.
Ce dernier, après avoir vaincu Freezer, l’être le plus puissant de l’univers, avait disparu.
Trunks avait pour mission de donner un médicament à Goku, car ce dernier souffrait d’une maladie inconnue, incurable dans cette temporalité.
Et là, vous vous demandez sûrement : quelle maladie pouvait affecter un Saiyan qui avait vaincu l’être le plus fort de l’univers ?
Il s’agissait d’une maladie du cœur, sans remède terrestre.
Rien de bien extraordinaire en soi, mais pour l’enfant que j’étais, Goku représentait l’exemple ultime de l’effort récompensé. J’étais inquiet pour lui, tout en réfléchissant à ce qu’une maladie du cœur pouvait provoquer.
Pas plus tard qu’hier, je suis moi aussi devenu un cyborg, avec huit capteurs collés sur mon corps, enregistrant mes battements cardiaques.
Comme Goku, j’ai le cœur malade depuis quatre ans, et aucun médecin (deux, pour être précis) ne sait d’où vient ce problème.
Surprenant, non ? Sommes-nous dans un récit de science-fiction ou dans une utopie ? Me serais-je lié à Goku au point de manifester en moi la même maladie qui l’a tué dans une temporalité, mais qui l’a rendu plus fort dans une autre ?
Dans mon univers à moi, il n’y a pas de Saiyans invincibles. Quand on tombe malade, soit on guérit si on en a les moyens, soit on meurt dans le silence.
Cette image de moi, branché à un moniteur, m’a amusé. Je me suis souvenu de Goku, et bien que je puisse m’inquiéter, je ne le fais pas.
Après tout, qu’est-ce que la vie à notre époque, si ce n’est un rêve enfantin façonné par un capitalisme qui rend le possible inatteignable ?
Si mon destin est de quitter ce monde un peu plus tôt, qu’il en soit ainsi.
Qui suis-je pour questionner le moment de mon départ ou la clémence de l’Unique ?
Je ne suis qu’un simple penseur dans un monde capitaliste sans foi ni loi.
Je ne suis pas Goku, mais quelle ironie de vivre quelque chose de similaire.
Si l’Unique décide que je dois partir, je partirai avec joie, ne comptant que sur Sa clémence infinie.
Je pourrais être inquiet, mais je ne le suis pas. Que Sa volonté soit faite.
J’ai vu et revu ce monde, et il ne m’apporte qu’une chose : aider quand je le peux, sourire autant que possible, baisser les yeux devant ce qui est blâmable et le condamner, aimer les créatures dites inférieures et les traiter avec bienveillance.
Je sais que la vie n’est qu’une succession d’événements qui se termine inévitablement par la mort.
Qu’elle survienne demain, dans un mois ou dans vingt ans, nous retournerons à Lui, et ce que nous aurons fait de notre âme comptera plus que tout.
À bas le capitalisme cannibale et le mépris social. À bas ces guerres futiles que les hommes complaisants mènent dans une oisiveté contraire à leur nature de nomades.
La mort n’est pas une simple décomposition ; nous valons plus que des robots sociaux en quête de plaisir, aussi varié que les poils du trou du cul de satan, où notre société corrompue nous a plongés dès la naissance.
Alors oui, Goku, je n’ai pas la responsabilité de sauver la Terre, mais seul l’Unique sait ce qui m’arrivera.
En attendant, je ferai ce que je suis censé faire, pour préparer mon voyage interdimensionnel, en ne comptant que sur Sa clémence infinie.
Comme l’a si bien dit Nekfeu : « Je suis comme Goku, j’ai le cœur souffrant ». La vie continue pour l’instant, et j’ai encore des choses à accomplir.
Alors je vous dis à la prochaine sur ce site fantomatique qui ne porte plus si bien son nom.
L’esprit troublé ne l’est plus tellement.
Barakate Omar.

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