L’odeur du soufre

Une fois de plus, je ne sais pas trop quoi écrire. Une fois encore, j’ai le moral dans les chaussettes ; à vrai dire, j’ai le moral d’une chaussette, utile uniquement pour un pied cloisonné dans des chaussures étouffantes.

Oui, c’est toujours comme ça avec moi. Pas plus tard qu’hier, il m’est arrivé une chose curieuse : sur la route de mon habitation, je me suis mis à pleurer quelques larmes d’homme.

Pourquoi d’homme ?

Parce qu’il ne s’agissait pas des larmes habituelles, fades et bruyantes, accompagnées de morve et finissant leur course dans une barbe bien velue.

Non, ces larmes-là coulaient lentement de mes yeux et, n’ayant cure de ma barbe velue, la traversaient et descendaient jusqu’à mon cou pour finir leur course dans le tissu de ma chemise à manches courtes.

La tête droite et roulant à basse vitesse, mes larmes chaudes me rafraîchissaient malgré un temps chaud et humide.

Le genre de temps où la pourriture ambiante des consciences légères se fait ressentir en une terrible odeur de soufre.

La vie de l’être humain moderne est bien trop compliquée.

À moins d’être aveugle et corrompu ou vorace de désirs et léger d’esprit, cette vie est aux antipodes de la nature de l’homme.

Inutile de s’attarder là-dessus tellement ce thème est une inspiration pour de nombreux textes où j’ai tourné et retourné le sujet tant de fois.

Peut-être bien que cette fois aussi je le ferai.

Et puis ce n’est un secret pour personne : pour bien vivre dans cette époque, il faut du matériel et des possessions, sinon c’est la honte, le déclassement social, la dégringolade de la dignité, l’insécurité psychique.

Sinon, c’est le jugement des autres, le mépris de classe, les injustices inculquées.

Alors bon, cette civilisation babylonienne, si elle était une personne, serait une prostituée qui milite pour la moralité des bonnes mœurs et la pudeur sociale pour le bien collectif, avec une hargne propre aux héros de l’histoire avec un grand H, ignorant qu’elle est sur le point de se prendre une balle en pleine tête.

Qui la tuera si le reste de la société civile n’est comme elle qu’une pute mal déguisée ?

Un homme, ou une femme, qui en a marre de vivre d’une manière contre nature, qui en a marre de recevoir une morale de personnes qui ne doivent leur salut qu’à leurs mensonges non assumés et leurs possessions qui les surclassent dans une pyramide sociétale des plus diaboliques.

Donc, mes petits problèmes d’homme conscient ne sont que des pensées jetées dans le torrent invisible des contraintes des humains modernes qui ne trouvent plus leur place nulle part sur cette terre maudite.

Puis, je ne suis pas l’assassin qui coupera définitivement le souffle de la pute de Babylone, moi je ne suis qu’un penseur entre la constance et le malheur.

Plus d’artifices pour égayer mon existence, je n’en ai plus besoin.

Plus d’amour pour combler le vide existentiel et la gravité de la solitude qui s’éternise.

Je n’en reviens toujours pas, le toxico est devenu sain d’esprit. Enfin bref.

Babylone doit tomber, elle n’est plus que le moteur qui broie des âmes esseulées.

Elle n’est plus que le transformateur des générations aliénées.

À qui profite le crime ? Sûrement pas à moi et sûrement pas à vous.

Plus je grandis, plus j’ai l’impression que nous tous, aujourd’hui ici-bas, ne sommes plus que des êtres déambulant dans un monde inerte qu’il nous est interdit de façonner, des corps errants dont l’âme est constamment à la recherche de nouveaux plaisirs à assouvir.

Ce qui me poussa à cette réflexion est le fait que je passe le permis une seconde fois pour m’acheter une moto.

À défaut de laisser la drogue me buter à petit feu, j’ai choisi la moto pour partir en TGV vers le monde de l’inconnu, comme un thanatonaute qui n’a pas choisi de l’être.

Comme quoi nos mauvaises envies partent en Thor pour revenir déguisées en costume Wish qui paraît être l’original de la saga Batman de Christopher Nolan.

La meilleure en passant.

Ce n’est sûrement pas Batman qui tuera la pute de Babylone non plus, le Joker aurait plus de chances que lui dans ce domaine, et collectivement ils auront plus de chances de passer à l’acte que n’importe lequel d’entre nous qui existons dans ce monde qui bascule entre le réel, l’absurde et l’imaginaire.

Entre la frénésie et l’oisiveté, entre la grandeur et la petitesse, et enfin entre l’honneur déchu et la plus humiliante des disgrâces.

À quoi bon s’opposer à ce que nos parents ont vécu ?

Parce qu’ils ne sont en rien exemplaires, parce qu’ils ont contribué à l’essor de la nouvelle Babylone, parce qu’ils en sont les bâtisseurs.

Dans ce cas précis, il n’y a plus que la clémence du Tout-Puissant qui puisse nous sortir de cette embarrassante vie moderne.

Travailler, manger de la merde, copuler comme des bêtes sans la moindre élégance, dormir 7 ou 8 heures, attendre le week-end pour se bourrer l’esprit déjà en gueule de bois depuis la naissance.

Se trouver de nouveaux plaisirs et les poursuivre jusqu’à en être las, et ainsi de suite jusqu’à ce que la mort vienne nous cueillir comme la tempête cueille les arbrisseaux maladroits qui n’ont pas su pousser avec droiture.

C’est la vie que j’ai vécue, mais ce n’est plus la vie que je souhaite mener, et je ne la mène plus depuis un moment déjà.

Ah Babylone, maudite catin, tu as perverti nos esprits et transformé la finalité de nos existences.

Autrefois appartenant au divin et à la résurrection de nos âmes éternelles, il ne s’agit plus que d’une histoire de chair et d’os qui se décomposent dans de la terre sombre et humide.

Il n’y a pas si longtemps, j’écrivais qu’il fallait se désolidariser de cette humanité cupide et malfaisante, qu’il fallait se recréer plus humain et moins démoniaque.

L’ai-je appliqué ?

C’est ce dont je me convaincs et je sais que c’est aussi ce à quoi je suis arrivé.

Je m’en fous de votre sort autant que je n’attends que le dénouement du mien qui ne se soldera que par la mort et la résurrection promise.

Antonin Artaud, où que tu sois, sache que tu avais raison sur toute la ligne : tu étais si en avance de ton temps qu’on t’a enfermé pendant sept ans, pourtant tu n’es pas plus fou que le plus imposant de ces cloportes qui sont libres d’agir dans ce grand hôpital psychiatrique à ciel ouvert qu’est la nouvelle civilisation de Babylone.

Je me vois comme ton fils spirituel, je combattrai les démons qui se veulent archanges, à ma petite échelle bien sûr, et puis qui sait où cela mènera finalement.

La volonté d’un homme bon est plus puissante que l’intention d’une prostituée en costume Wish.

L’œil aiguisé voit plus loin qu’un aigle à la recherche de sa prochaine proie.

Le bien collectif est plus important que l’individualisme toxique qui nous a fait pousser des ailes, à l’époque des likes et des partages.

À suivre…

Barakate Omar.



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