Récemment, j’ai dansé avec la folie, dans une valse chaleureuse où nous étions à deux doigts de l’amour. Mon esprit et son émanation se serraient sensuellement l’un contre l’autre.
Un début d’extase excitante s’est fait sentir avant que, subitement, je ne relâche cette étreinte.
« Va-t’en », lui ai-je dit.
Je voulais tellement qu’elle reste, mais conscient du chemin qu’il me reste à parcourir, les mots sortirent sans réflexion.
La chose s’en alla sans demander son dû, et moi, je me sentais déjà bien seul.
J’ai toujours admiré les fous dans la rue. Pour moi, ce sont des humains malchanceux qui, à force de répétitions, ont trouvé une réalité réconfortante devenue la leur.
Finalement, il n’y a pas de différence entre eux et nous, qui vivons dans un monde où nous croyons faussement être libres.
Ce jour-là, j’ai ressenti l’étreinte de la folie, une étreinte qui n’a plus jamais lâché leur psyché.
Je me suis imaginé, un instant, déambulant dans les rues en toute liberté, voyageant sans contrainte, sans que la police ne m’arrête pour mon apparence de suspect habituel.
J’avais laissé ma raison de côté, submergé par la colère et ce trop-plein de lucidité qui mène inévitablement à la folie.
Je ne voulais plus rien entendre, si ce n’est mon dégoût profond fusionnant avec ma haine intérieure.
Moi, l’homme qui depuis l’enfance a toujours combattu l’injustice, renforcé par les non-dits, développant une spiritualité guidée par Allah, devenue une élévation intellectuelle et sentimentale.
Cette valse, je ne l’oublierai jamais.
J’avais déjà ressenti ce sentiment de détachement violent dans un rêve d’enfance, qui me semblait alors un cauchemar.
Le vivre n’a fait que me rappeler que la route est encore longue et que s’arrêter en chemin après tant d’efforts, c’est donner la victoire aux autres, quels qu’ils soient et quelles que soient leurs intentions.
À défaut de possessions matérielles, je détiens une connaissance accrue de moi-même et de mon entourage.
Je possède quelque chose de plus significatif qu’une babiole à obsolescence programmée.
Ainsi, le vent tourna en ma faveur, comme il tourne à la faveur des fous dans la rue, ces êtres déclassés.
Dans la mienne, j’en ai vu plein se faire battre par des gamins complexés par leur ventre rempli de saloperies cancérigènes.
Des enfants pourris gâtés qui trouvaient drôle de maltraiter un fou.
À la vue de telles horreurs, l’enfant que j’étais espérait voir le fou prendre un bâton et chasser ces hideux marcassins chez leurs mères dans leur porcherie, où le manque d’éducation engendre des individus horribles.
Mais j’étais trop jeune pour comprendre que ce « fou » était plus sage que ceux qui pensaient le martyriser.
Lui, la grâce divine l’avait favorisé, exempt de tout reproche et hors de danger, jusqu’au jour du jugement dernier où son esprit clair sera rendu auprès des anges et de leurs mélodies angéliques.
Me revoici, lucide, devant un clavier pour une introspection expresse que j’affiche sans pudeur sur un site qui, sans moi, ne serait qu’un refuge pour curieux aux intentions belliqueuses.
La vie est fascinante et on s’y perd facilement, surtout quand on y gagne des choses.
Merci au capitalisme de faire croire à l’humain moderne que ses possessions durement acquises sont un Eden terrestre.
Mais il ne faut pas tout prendre au sérieux ; nous partirons tous un jour.
Combien d’amis nous ont déjà précédés ?
Demain, ce sera peut-être vous, l’ami, qui serez parti trop tôt.
Alors, souriez honnêtement, cela vous changera.
Pour ma part, j’ai refusé la folie et, comme toujours, je refuse la médiocrité qui ferait qu’après tant d’efforts, je ne serais rien de plus qu’un fou supplémentaire aux yeux des sangliers élevés dans leurs porcheries coûteuses.
Avoir cette vision n’est pas de la haine, mais un simple constat.
La route que j’ai choisie est celle de la bonté divine transmise par l’Unique aux humains. Dans cette époque semi-satanique, il est très difficile de s’y accrocher.
Comme une pomme qui ne tombe jamais loin de son pommier, je reste attaché à la branche divine de mon être.
Le vivant est périssable, mais l’âme est intemporelle. Je sais donc que le chemin sera long, mais qu’il arrivera tôt ou tard à son terme.
Les sentiments négatifs ne me servent à rien ; ils ne sont qu’un piège du diable pour corrompre les meilleurs d’entre nous.
Vous savez, ceux qui distinguent le comportement humain de celui des suidés.
L’empathie n’est plus qu’un ancien souvenir et bientôt, ce ne sera plus qu’un comportement animal, car ce monde marche sur la tête. On le voit déjà sur les réseaux sociaux, Twitter en tête et Facebook en queue de peloton.
Combien de vidéos montrent des preuves d’empathie entre animaux de différentes espèces ?
Je pense à cette panthère qui adopta le nouveau-né d’une antilope, ou encore à ce jeune loup accompagné par un corbeau, qui ont développé un lien et une communication si efficaces qu’ils pouvaient signaler une proie à partager.
Il y a aussi cette vache qui traîne avec un guépard et tant d’autres exemples.
Dans le cas d’une seule et même espèce, les cas d’empathie sont naturels : deux chattes (sans mauvais jeu de mots) allaitent les nourrissons de l’une pour que l’autre puisse se reposer, et vice versa, ou des babouins qui s’occupent des malades au sein de leur groupe.
Chez l’humain moderne, cet être maudit qui sera bientôt surpassé dans tous les domaines par l’IA, les cas d’empathie sont quasiment inexistants, même entre parents et progénitures.
Mais je m’éloigne.
À la base, ce texte parlait de folie, de dépassement de soi et de cadeau divin impalpable.
Ah oui, et de pommes aussi. Des pommes qui ne tombent jamais bien loin de leur pommier.
Dans mon cas, je suis une pomme que le vent a amenée vers un autre pommier.
La couleur, la chair et le noyau n’étaient pas similaires, mais après tout, une pomme reste une pomme, n’est-ce pas ?
Eh bien non, car un pomiculteur aguerri saura toujours les différencier à l’œil nu.
J’estime être devenu moi-même un pomiculteur de la vie.
Mon pommier et moi sommes loin d’être similaires, si ce n’est que nous sommes tous les deux des pommes. Mais cela n’a rien à voir avec l’ADN de la pomme.
C’est plus une question de grâce, et sur ce point, je dirais que je suis le même que le pommier au pied duquel je me trouve.
De manière générale, je pense qu’il ne faut jamais s’adonner à être le refuge des sentiments modernes, qu’il ne faut pas s’extasier devant le pollen de n’importe quelle fleur, ou mélanger des pommes différentes dans un même panier…
Puis, les pommes ne sont que des pommes. Dans le cas de l’apiculteur, il en a bien vu des milliers.
Cependant, une question me taraude : une pomme folle, à quoi cela ressemble-t-il selon vous ?
Barakate Omar.

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