La vie est une chienne qu’on a du mal à aimer ou à comprendre. C’est vrai que la vie contemporaine est linéaire, tout comme un rail de coke, une belle usine pour former les futurs collaborateurs du déclin civilisationnel de demain (qui a lieu aujourd’hui). Néanmoins, il est vrai que la vie évolue au fil de la croissance de chacun, elle passe d’une petite prison à un merveilleux monde aux possibilités infinies, même si certains y sont mieux préparés que d’autres. Cela étant dit, je sais aujourd’hui pertinemment que la vie n’est rien d’autre que ce que l’on veut qu’elle soit, même dans le pire qui nous arrive sans prévenir, même ce pire-là n’est rien d’autre qu’une projection mentale qui a fini par se concrétiser dans la réalité commune.
Nous ne sommes ni plus ni moins que les héritiers de la volonté de Dieu de créer et d’imaginer sur terre. C’est notre droit d’exister sur terre, celui qui fait que nous réussissons nos paris les plus fous. Cet ancien adage qui dit que seuls ceux qui osent atteignent la réussite est bien réel. Loin de moi les discours motivationnels à la Rhonda Byrne ou les secrets de polichinelle destinés aux plus simples d’entre nous. Je ne suis ni l’un ni l’autre, j’essaie simplement de prouver un point qui existe dans ma poitrine depuis la naissance. La misérable condition humaine est victime de son ignorance, une ignorance qui l’asservit automatiquement, créant – comme aujourd’hui – des individus aliénés qui enfanteront de nouveaux individus tout aussi ignorants et aliénés que leurs géniteurs.
Ce qui condamne la collectivité, c’est bel et bien la « collectivité individualiste », et pour cela, nous pouvons pointer du doigt le capitalisme, l’appât du gain immoral, le tout bénéfice, etc. Un individu qui ignore son droit de vivre et de créer sur terre (un droit acquis qui nous appartient par la volonté de Dieu dès notre naissance sur terre) est un individu jetable, bon à vacciner, bon à plumer sans vergogne, bon à jeter et surtout très facilement remplaçable.
Tout cela, je l’ai compris il y a des années, n’est-ce pas, mon frère? Même quand je t’en parlais, tu me regardais avec des yeux exprimant la curiosité et l’ennui, puis tu me disais : « Omar, il n’y a qu’une seule mort, pourquoi s’en faire ? » Je te répondais qu’en effet, nous n’avions qu’une vie et qu’il était hors de question de se faire marcher dessus dans cette unique (première) vie par des individus qui de génération en génération ne nous auront voulu que les pires crasses. Il y a une semaine, j’ai appris la nouvelle de ta mort. Naturellement, mon téléphone m’a glissé des mains et celles-ci se sont mises à trembler frénétiquement.
Comment ne pas trembler quand je m’extirpe de la route de la servitude absolue et qu’on m’apprend la mort de l’unique individu qui, en dix ans d’amitié, est resté droit dans ses bottes, dans le meilleur et dans le pire, face aux vils moqueries des idiots comme à leur envie. Nous savons, toi et moi, que l’envie dans ce pays est culturelle et que notre culture faussement moderne est assassine.
Comment ne pas trembler des mains, mon ami ? Quand tout ce qui m’effraie, tu étais en train de le vivre. Toutes mes recherches, tous ces livres que j’ai dévorés afin de déceler le secret de l’invisible, te voilà seul dedans. J’espère que ça aura été agréable (car la mort n’est pas une fatalité, nos actes le sont) et qu’une fenêtre du paradis t’illumine et te rassure dans ta tombe, mon frère.
Notre âge est décisif, bien qu’on ait l’impression de n’être que des adolescents dans des corps d’hommes. Nous sommes des hommes et l’univers et ses lois nous traitent comme tels. Nous avons terminé l’âge de l’insouciance, celui où l’erreur est permise et surtout celle où elle n’est pas fatale.
Hier, je le disais avec conviction à ma copine : j’immortaliserais ta pensée auprès de la mienne, dans un site solitaire, à l’abri, dans le monde immortel d’Internet. Là où je vis éternellement à travers des textes qui ne sont écrits qu’après de voraces tempêtes, là aussi c’est une tempête qui me pousse à écrire, celle de ton inexistence précoce.
Trop souvent, on oublie que la mort se trouve à chaque coin de rue, qu’elle est là à chaque carrefour. Trop souvent, les enfants insouciants et précoces ne comprennent pas que « la vie » a des règles invisibles qui régissent la bien tenue de ce monde, qui, à notre époque, est sens dessus dessous. Trop souvent enfin, on aimerait faire comprendre à nos proches ce qu’on a compris avec difficulté, et fatalement, trop souvent, ce n’est que par eux-mêmes qu’ils le comprennent.
Moi, mon ami, je n’ai jamais réussi à te faire comprendre le fond de ma pensée, bien que tu l’aies toujours trouvée intéressante dans son ennui oratoire. Pourtant, tu étais le seul à pouvoir la comprendre.
Adieu Othmane, mon ami, mon frère, et enfin mon réel camarade de cette école assassine et froide qu’est la vie moderne, dans ces sociétés cannibales qui misent tout sur notre perdition et notre déclin par l’outil d’alcools, de drogues, etc. Ta mémoire survivra et écrire un texte n’est pas la seule chose que je ferais pour t’honorer.
En souhaitant naturellement à ta mère et à toute ta famille de faire leur deuil dans la sérénité, bien que ce soit toujours difficile de dire adieu à un fils, un frère, un cousin, un neveu et enfin, un ami.
Barakate Omar.

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